Le livre de Y'OUT


ÉMERGENCE

Carnet de pèlerinage d'une conscience



ÉMERGENCE CHAPITRE I-3

Puis passa l'hiver et revint l'été.

Nous étions tous impatients de nous réunir à nouveau. La question était sous tous les crânes. Combien serions-nous lors du prochain rassemblement ?

Entre les naissances du printemps et les disparus, nous compter était simple, soixante neuf bipèdes avaient survécu.

Soixante neuf, année héroïque, ils s'aiment et la traversée de l'hiver leur parut toute une année.

Les joyeux et démonstratifs rassemblements du passé n'étaient plus qu'un lointain souvenir, l'ambiance était tendue, seuls, ça et là, quelques chuchotements venaient briser le silence.

Soudain il y eut une forme de remue -ménage au sein de la communauté, un jeune adulte s'en prenait âprement à un ancien.

Stop. Peut-on enfin savoir ce qui se passe. Pourquoi ce tumulte ?

Le jeune adulte :

— Ce gros tas de poils ne veut pas dire...

Le choeur :

— Ne veut pas dire quoi ?

Le jeune adulte :

— Que cet hiver il s'est perdu dans la neige durant trois jours, qu'il a cru qu'il allait mourir et c'est là qu'il a fait une étrange expérience.

Le chœur :

— Qué expérience ? Décris !


Le jeune ouvre les bras et raconte :

"Fais comme l'oiseau

Ça vit d'air pur et d'eau fraîche, un oiseau
D'un peu de chasse et de pêche, un oiseau
Mais jamais rien ne l'empêche, l'oiseau
D'aller plus haut

...

Mais je suis seul dans l'univers
J'ai peur du ciel et de l'hiver
J'ai peur des fous et de la guerre
J'ai peur du temps qui passe, dis
Comment peut-on vivre aujourd'hui
Dans la fureur et dans le bruit
Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdu.

Mais l'amour dont on m'a parlé
Cet amour que l'on m'a chanté
Ce sauveur de l'humanité
Je n'en vois pas la trace, dis
Comment peut-on vivre sans lui?
Sous quelle étoile, dans quel pays?

Je n'y crois pas, je n'y crois plus, je suis perdu" *

...

Ce fut un peu laborieux, cela dura un certain temps, parfois porté par une envolée lyrique mais en gros c'est ce qu'il a décrit. L'ancien était sorti de son "tas de poils " avait volé comme un oiseau, survolé les plaines gelées, vu où se situait sa communauté, mieux encore il savait où se trouvait un petit troupeau de grands mammifères.

Une fois revenu dans son "corps" il avait pu, grâce à cette expérience, rejoindre sa communauté et faire en sorte qu'ils partent tous ensemble vers le troupeau. Ils purent alors survivre à l'hiver.

Un brouhaha accueillit la description de cette épopée, stoppée net par le Choeur dont les membres levèrent dans un même élan les bras vers le ciel, le poing serré, l'index déployé et... ils se grattèrent la tête.

Le Choeur :

— Fais comme l'oiseau, fais comme l'oiseau ! Faut pas pousser le bouchon, trop tirer sur le téton, se modérer sur la cueillette et arrêter les champignons ! Non ?


Tout cela semblait trop extraordinaire pour que l'on puisse y croire vraiment. Il y avait forcément anguille sous roche.

— Que nenni manant minauda la mouflette.

— Qui a parlé ?

— Moi

Tous les regards convergèrent vers ce "Moi", une femelle majestueuse tout en muscle, au poil long et cendré qui dépassait ses congénères d'une bonne tête. Personne n'osa plus piper mot.

A cet instant précis elle raconta l'histoire qui leur était arrivée quand elle et sa famille durent se frotter à une meute d'ourses à face courte. L'ancien s'était fait rattraper par la meute, pratiquement dépecé vif on le ramena à la caverne, le laissa pour mort et on n'y fit plus attention.

Mais Oh surprise ! trois jours après l'incident, ils le retrouvèrent à l'entrée de la caverne, assis bien sagement, le regard illuminé d'une grande paix intérieure. De ses blessures il ne restait plus que de larges cicatrices mais toute infection avait disparu. L'ancien raconta qu'il avait été dans le soleil, qu'une chaleur bienfaisante l'avait envahie puis il avait été à leur rencontre. Chose étrange il avait ressenti au plus profond de son cœur les émotions de chacun d'entre eux, la fatigue, le désespoir mais aussi la joie, le bonheur d'être ensemble.

Mais ce n'est pas tout, il s'était également rendu à un endroit où la famille serait mieux logée. Une caverne plus spacieuse, moins aérée, mieux protégée des prédateurs. C'est là qu'ils vivent désormais.

C'est-y pas mimi ?


Le Choeur :

— oui, bof. Rien d'autre ? Quelqu'un a-t'il quelque chose d'autre à... 

— … Oui,oui, nous, nous.

— Bon v'la autre chose. Qui sont les oui-oui, nous-nous ?

— Nous

— Ah !

Les oui-oui-nous-nous racontèrent à leur tour l'histoire "sicrète" de leur famille. Depuis la nuit des temps ils ont la faculté de pérégriner de-ci de-là au gré de leurs envies au dehors de leur corps.

D'ailleurs ils en sont persuadés, ils ont LA solution pour assurer l'avenir de notre communauté, celui de notre espèce.

Le Choeur soupire.


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* Michel FUGAIN





Métamorphose

 Il était une fois un petit poisson accroché à un hameçon. Seul son corps pouvait remuer au bout de la ligne. « Est-ce cela que l'on appelle la vie ? » Pensait-il. C'est l'histoire d'un petit poisson triste dans une eau sans lumière.


Un jour l'hameçon disparut. Il n'avait rien fait pour cela. C'était ainsi, voilà tout. « Où aller ? » Se demanda-t-il. « Il n'y a rien autour de moi qui semble vivant » C'est l'histoire d'un petit poisson qui nage dans une eau sans vie. Un jour croisant sa route il aperçut un rayon de lumière. Il n'avait rien fait pour cela .


C'était ainsi, voilà tout. « Je vais suivre ce rayon de lumière » se dit-il C'est l'histoire d'un petit poisson qui nage vers la lumière. « Sauter hors de l'eau pour suivre ce rayon de soleil est-ce seulement possible ? » Un jour il eut beaucoup de courage, il dut faire preuve de beaucoup de force mais il sauta hors de l'eau.


Il avait tout fait pour que cela arrive, voilà tout. « est-ce possible qu'il-y-ait un monde aussi beau, la vie est-elle là ? » C'est l'histoire d'un petit poisson qui vole dans la lumière. Un jour il décida de ne plus retomber dans les eaux grises et sans vie. Cela ne s'est pas fait comme ça. Il se devait de le faire, voilà tout.


Aujourd'hui le petit poisson est devenu un oiseau paré de jolies couleurs. De découverte en découverte il vole émerveillé par la vie.

Un jour il se demande « puis-je faire UN avec la Lumière ? » Ce jour là arrive. Cela doit se faire, voilà tout