Le livre de Y'OUT


ÉMERGENCE

Carnet de pèlerinage d'une conscience



ÉMERGENCE CHAPITRE I-2

Revenons à nos moutons ou si vous préférez à cette bande de joyeux bipèdes que nous fûmes.  


Nous étions là, à la place qu'est la vôtre aujourd'hui sur la planète terre il y a environ 2,4 millions d'années alors qu'homo Rudolfensis parcourait les rives du lac Turkana dans la vallée du Grand Rift.

Notre communauté était forte d'une petite centaine de membres. Nous vivions par petits groupes d'une dizaine de personnes, il y avait là des mâles, des femelles, des petitous et petitounes.

La vie était rude et rude nous étions. Dès l'aube nous nous éparpillions en quête de nourriture mais aussi de plan "crac boum hue". La vie quoi, un truc simple, sans prise de crâne.

Tous les solstices, la communauté se réunissait autour d'un grand feu de joie, à moins que ce soit un grand feu de bois, enfin, c'est comme vous voulez.

L'objectif avoué était, je le suppose, de créer une dynamique de groupe à travers une histoire commune, la nôtre, ben tien. La soirée consistait à écouter les plus vieux.

Les écouter c'est un bien grand mot, c'était plutôt un mélange de sons gutturaux accompagnés de grands gestes. Le spectacle en valait la peine. Au début, « Tout était calme, reposé: Le bruit des passions orageuses, qui s'agitaient au fond de nos coeurs, semblait se taire un moment dans ce repos divin »* puis le divin passait à la trappe pour finir dans un tohu-bohu indescriptible, pour le plus grand plaisir des petitous, petitounes.


Et puis il y eut un temps, un de ces temps mauvais, glacial, une morsure en plein cœur, une ligne qui se brise, des vies, des êtres chers qui disparaissent. Des petitous, petitounes devenus orphelins. Soudain tout se fige, « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours : Laissez-nous savourer les rapides délices. Des plus beaux de nos jours ! »**

La lignée de notre espèce était définitivement sur le déclin.

Depuis des temps immémoriaux nous avions survécu aux périodes glaciaires et crû durant les interglaciaires. Je vous rappelle pour mémoire et à toutes fins utiles que nous avons vécu au Pléistocène.

Un changement climatique terrible advint, un froid à vous figer dans la glace en un clin d'oeil. Je ne sais pas si la notion de changement climatique vous parle mais pour nous cela a été le début de la fin. La fin des haricots et haricots c'est beau la vie, pensions nous.


Un solstice, la communauté s'est réunie, un silence de cathédrale résonnait sous nos crânes comme autant de cloches sans battants.

Pas un de nous n'osait bouger et pourtant on se pelait grave. Assis, serrés les uns contre les autres, la chaleur, la tristesse et le désespoir se mêlaient à l'unisson pour se propager d'un corps à l'autre dans une immense vague, une lame de fond.

Pas un râle, pas un gémissement mais une seule âme, un seul esprit, perdu, seul, sans avenir.

Les boulettes !


*Etienne Saulnier **Lamartine


Métamorphose

 Il était une fois un petit poisson accroché à un hameçon. Seul son corps pouvait remuer au bout de la ligne. « Est-ce cela que l'on appelle la vie ? » Pensait-il. C'est l'histoire d'un petit poisson triste dans une eau sans lumière.


Un jour l'hameçon disparut. Il n'avait rien fait pour cela. C'était ainsi, voilà tout. « Où aller ? » Se demanda-t-il. « Il n'y a rien autour de moi qui semble vivant » C'est l'histoire d'un petit poisson qui nage dans une eau sans vie. Un jour croisant sa route il aperçut un rayon de lumière. Il n'avait rien fait pour cela .


C'était ainsi, voilà tout. « Je vais suivre ce rayon de lumière » se dit-il C'est l'histoire d'un petit poisson qui nage vers la lumière. « Sauter hors de l'eau pour suivre ce rayon de soleil est-ce seulement possible ? » Un jour il eut beaucoup de courage, il dut faire preuve de beaucoup de force mais il sauta hors de l'eau.


Il avait tout fait pour que cela arrive, voilà tout. « est-ce possible qu'il-y-ait un monde aussi beau, la vie est-elle là ? » C'est l'histoire d'un petit poisson qui vole dans la lumière. Un jour il décida de ne plus retomber dans les eaux grises et sans vie. Cela ne s'est pas fait comme ça. Il se devait de le faire, voilà tout.


Aujourd'hui le petit poisson est devenu un oiseau paré de jolies couleurs. De découverte en découverte il vole émerveillé par la vie.

Un jour il se demande « puis-je faire UN avec la Lumière ? » Ce jour là arrive. Cela doit se faire, voilà tout